vendredi 6 juin 2008

Bataille à Seattle




Bataille à Seattle
USA 2008


De Stuart Townsend
Avec Martin Henderson, Andre Benjamin,
Michelle Rodriguez, Ray Liotta, Charlize Theron,
Connie Nielsen, Jennifer Carpenter, Channing Tatum.





En relatant les émeutes qui ébranlèrent Seattle lors de la réunion de L’Organisation Mondiale du Commerce en 1999, StuartTownsend fait, pour un premier long, la démonstration de son ambition à la fois artistique et altruiste. Rassemblant une armée d’acteurs chevronnés, le voici fin prêt à mener sa première bataille cinématographique en se faisant l’écho des milliers de voix qui ce fameux jour s’étaient élevées contre le système et qui aujourd’hui encore continuent à hurler un peu partout dans le monde.


Pour cette première œuvre que l’on peut qualifier d’engagé, le jeune réalisateur fera preuve d’une maîtrise et d’une honnêteté rare. Ne cédant, ni à la facilité, ni au manichéisme, aidé en cela d’un script parfaitement bien écrit et d’une connaissance profonde de son sujet. Sa réalisation à la fois intense et efficace (longue focale, sens du rythme, bande son des chœurs échaudés de la rue, juxtaposition d’images d’archives) va faire preuve d’une intelligence cinématographique surprenante qui nous tiendra en haleine jusqu’à la dernière minute.


Du grand talent, malheureusement desservit par le lobbying des médias et des distributeurs qui étouffèrent dans l’œuf tant d’impétueuses qualités. Ceci en passant sous silence jusqu’à l’existence de ce film et en restreignant au maximum sa distribution en salles.
Bref, une belle démonstration de sabotage calculé, qu’il est grand temps de combattre en réveillant notre intelligence, notre indépendance et notre sens critique.



Pourquoi il faut voir ce film


Cet événement et notamment la répression extrêmement violente des policiers, rassembla un nombre incalculable de manifestants éclectiques et donna naissance sous l’œil des caméras au premier courant alter mondialiste planétaire.


Pendant 5 jours la ville fut en état de siège (un couvre feu fut imposé) et le monde entier avait les yeux rivés sur une page de son histoire. Pour certains, c’était peut-être la naissance d’une conscience mondiale contre les profits de l’OMC au mépris des enjeux planétaires et des pays en voie de développements.
A travers le récit de ces émeutes, des enjeux cruciaux sont ainsi exposés (environnement, humanitaire) et Stuart Townsend nous invite à prendre part au débat.


Ce qui est intéressant dans le travail extrêmement méticuleux du réalisateur, mise à part la volonté didactique de l’introduction, c’est sa capacité à retranscrire les événements sous le prisme et les émotions des protagonistes de tout bord.

Nous cumulons alors les points de vue. Ceux des divers manifestants alter mondialistes, celui du docteur de Médecins Sans frontières qui tente de plaider la cause des pays du Tiers Monde au sein même de l’OMC. Une journaliste se découvre une conscience militante, un policier de la brigade anti-émeute se retrouve plongé dans un chaos dont il ne prend pas toute la mesure, parasité par le trop plein d’émotions de son histoire personnelle.


Mais au delà de cette capacité à nous faire vivre de l’intérieur cette manifestation et le ressentit des différents personnages, Stuart Towsend s’attarde aussi sur les faits, les actes isolés de chacun, ceux de tous, et les conséquences heureuses ou tragiques qui en résultent. Quelques exemples édifiants :

- L’émissaire de Médecins Sans Frontières, à cause des manifestations, ne peut se rendre à la conférence de l’OMC.
- Les médias préfèrent se focaliser sur la violence des affrontements et restent sourd au message des pacifistes et à l’appel des consciences des Organisations Humanitaires.
- L’épouse du policier, enceinte, passée à tabac par les forces de l’ordre alors quelle tentait de rentrer chez elle.


Le réalisateur passe ainsi d’une nuance à l’autre, sans prendre parti, en évitant d’allez chercher du politique là où il n’y en a pas. Avec une efficacité idéale, une écriture parfaite et des interprétations remarquablement justes, Bataille à Seattle s’inscrit parmi les œuvres cinématographiques nécessaires, dont le caractères testimonial apporte un message fort qui se veut représentatif d’une génération abusée par les médias et absorbée par l’égoïsme.


Bataille à Seattle est un cri qu’il faut entendre, un combat qui à défaut d’être mené par l’ensemble des spectateurs doit au mieux être reconnu et mis en avant. Une œuvre salutaire et A-Politique qui démontre combien le devoir de dénonciation et de rébellion peut être vitale pour le bien de cette planète.


Faites vite, ce film ne restera pas longtemps sur les écrans, étouffé par une masse médiatique à vocation débilitante. Voilà enfin une œuvre qui vous invite à réagir, à se poser de bonnes et utiles questions. Voilà du cinéma intelligent et haletant qui mérite mieux que le silence des distributeurs et de la presse.


Cultiver vous !


Apprendre et comprendre, sont des moyens de ne pas subir la dictature d’autrui. Comment peut on accepter que soient bâillonnés ceux qui ont de vraies choses à dire ? Comment au nom de ce qui fait vendre peut-on s’asseoir sur nos principes ? Le prime time cultive-t-il des idiots ? Pourquoi les émissions intelligentes sont-elles reléguées au second, voir troisième plan ? Pourquoi quant une loi est injuste ou immorale, flic, militaire ou fonctionnaire, leur donnent toute légitimité, cela au mépris de leur conscience ? Est-il encore possible de devenir intelligent aujourd’hui ?


Symptomatique du monde moderne, notre confort est notre faiblesse. Il a fait de nous des complices, borgnes plutôt qu’aveugles, parce que nous sommes tous conscients que la planète et la majorité des nations ne peuvent plus continuer ainsi.
En réalité, ce film nous invite tous à reconsidérer nos choix , nos engagements quotidiens, en mettant sur la balance notre intérêt et notre conscience.
Peut être que si il est compris et mieux relayé, Bataille à Seattle pourrait contribuer à faire de nous des citoyens du monde à part entière ?

Allez en attendant, je vais revoir Citizen Dog de Wisit Sasanatieng en m’assurant qu’il ne poussera pas une queue au derrière ! (1)

(1) cf article précédent sur whispering asia de juin 2007.

vendredi 21 mars 2008

L'Orphelinat





L’orphelinat (El Orfanato)
Espagne / Mexique 2007

De Juan Antonio Bayona
Avec Belén Rueda, Fernando Cayo, Roger Princep,
Mabel Ribera et Géraldine Chaplin









Cette fois c’est certain la nouvelle vague du cinéma de genre est bien ibérique !
Après la déferlante horrifique extrêmement codifiée engendrée par l’Asie. A L’Espagne et son cinéma de qualité de prendre le relais. Avec ce sens innée du fantastique, cette frontière qui délimite le quotidien du rêve. Voici enfin un pays et des réalisateurs cinéphiles à l’aune du réel et de la féerie, au service d’une dramaturgie imparable.


Après Guillermo Del Toro (Le Labyrinthe de Pan) et Jaume Balaguero (Fragile) qui ont ouvert la voie et fait exploser le cinéma ibérique fantastique à l’échelle mondiale. Au tour de Juan Antonio Bayona dont c’est le premier film et de son scénariste démiurge Sergio G. Sanchez de confirmer la confiance accordée par leurs pairs (Guillermo Del Toro en est le producteur).
Premier essai réussi : l’Orphelinat est une œuvre de maître réalisée avec foi et talent qui frôle la perfection émotionnelle et visuelle. Il n’y a pas à dire, le cinéma espagnol est une réserve de metteurs en scène hors pair (Nacho Cerda pour ne pas citer les autres) à l’identité forte, tout comme le cinéma asiatique possède ses talents et leurs touches inimitables.



Laura (Belén Rueda) revient s’installer dans l'orphelinat où elle a passé son enfance. Accompagnée de son mari Carlos et de son fils Simon, elle espère transformer ce lieu abandonné depuis longtemps et chargé en souvenir, en un foyer pour enfants handicapés. Choyé d’un amour inconditionnel, le jeune Simon ne sait pas qu’il a été adopté et qu’il est atteint du virus HIV. Dans ses jeux quotidiens, Simon peuple cette grande bâtisse d’amis imaginaires afin de tromper sa solitude et son ennui. Très vite, le jeune Simon prétend communiquer avec d'autres enfants qui disent être les pensionnaires de la maison. Lors d’une journée porte ouverte de l’orphelinat, après s’être disputé avec sa mère, Simon disparaît mystérieusement. Les parents et la police pensent à un kidnapping, mais après plus de 9 mois de recherches infructueuses, l’affaire est sur le point d’être classée. Cependant Laura sent que son fils n’est pas loin, en compagnie de ses « amis » qui pourraient bien être les auteurs de son enlèvement. A la frontière entre son enfance et l’âge adulte Laura régresse aux confins du surnaturel et du souvenir afin de retrouver son fils, malgré le scepticisme désabusé son mari.



L’adieu à l’enfance et l’enfance immortelle

Derrière son aspect conte de fée horrifique, le film de Juan Antonio Bayona rappelle aux mortels que nous sommes la triste inéluctabilité de la mort et la douceur du mensonge. L’allégorie à Peter Pan devient alors évidente, lourde de sens, de drame et de poésie, tant elle liée aux personnages. Les enfants du pays imaginaire représente le royaume de l’au delà, dans lequel Simon malade et condamné avait déjà un pied.
Et de part son amour, son ouverture et ses souvenirs Laura serait alors la Wendy de l’œuvre de James Matthew Barrie. Voici un moyen parmi tant d’autre de nous réfugier dans un rêve plus réconfortant que la mort.


Dans sa capacité à faire peur et à susciter l’émoi, le jeune cinéaste rejoint les oeuvres de la littérature de genre et les grands classiques du cinéma. Référence parmi tant d’autre : la maison du Diable, classique formel de Robert Wise en 1963. Dans cette enquête opposant scepticisme et croyance (Carlos et Laura) Bayona rend donc un hommage cinéphile aux grandes œuvres de l’époque. Notamment dans la séquence avec la médium, au premier abord on pense que le réalisateur opte pour une mise en scène sur le ton de la farce et du ridicule, comme si lui même n’y croyait pas. Mais c’est pour mieux nous balancer en pleine face la réalité plausible et effrayante du surnaturel. Sans le savoir nous avons franchit la ligne.



Œuvre d’une grande maîtrise, l’Orphelinat joue avec l’imaginaire pour nous ramener à la plus sordide des réalités (attention au final poignant).
Un conte hypnotique d’une lucidité absolue, quelque part entre les mensonges d’amour des adultes (dénie de la mort, de la maladie et autres traumas de la vie : l’adoption) et la vérité cruelle des enfants (les enfants savent toujours malgré la précaution de nos secrets). Intimiste, subtil et effrayant, voici le grand mensonge de la vie.
Voici la violence de la mort (tangible, laide et implacable), à l’opposé des rêves du royaume des enfants, comme dans l’accident de l’assistante sociale renversée par une voiture, son corps démantibulé, sa mâchoire disloqué. Une scène choc, rappelant l’apprêté de la grande faucheuse. Voici donc le monde des adultes.



Mais l’Orphelinat est aussi un film sur le pouvoir de l’amour, celui d’une mère et de son enfant, un sentiment immortel qui semble perdurer dans sa propre dimension. L’Orphelinat est un royaume à la frontière ténue, entre douleur et réconfort, nous rappelant que nous vivons tous à 2 pas de la mort et de l’amour.

lundi 4 février 2008

Mr. Socrates




Mr Socrates

2007 Corée du sud

De Choi Jin-won

Avec Kim Rae-won, Kang Sin-il,

Lee Jong-hyeok et Yun Tae-voung








Koo Dong-huyk est un petit voyou, violent et asocial, il prend un malin plaisir à se faire détester de tous. A priori irrécupérable, il est kidnappé par une bande de mafieux et retenu prisonnier dans une école abandonnée. Dans quel but ? Etudier ! D’abord récalcitrant, Koo Dong-huyk, va devenir le sujet d’une méthode d’enseignement peu orthodoxe qui le pousse à réussir au péril de sa vie. A la sortie passer l’examen de policier, dans le but de couvrir les activités criminelles de ceux qui l’ont formé. Mais de la philosophie de cet enseignement douloureux, Koo Dong-huyk, en a surtout retiré le libre arbitre !




Une énergie décomplexée


Il fallait s’y attendre Park Chan Woo a relancé le polar social coréen énervé, pas mal de réalisateurs ont depuis suivi, avec plus ou moins d’inspiration et de succès. Ce qui est le cas de De Choi Jin-won pour Mr Socrates, dont le titre résume à lui seul le pitch et l’ironie du film.



Que ce soit à travers le titre du film et tout au long du processus d’apprentissage du héros, l’auteur pose en effet les bases d’une remise en question fondamentale de l’éducation de son pays. Ou comment la société dans sa quête de pouvoir et de réussite nous incite à la violence (de nous jours les gangsters occupent une place trop importante dans la pyramide sociale).



L’éducation passe t’elle par le cassage de l’individu ? L’éducation pour qu’elle morale, si le moteur de celle-ci reste la violence ? Enseigner pour apprivoiser une bête asociale ou utiliser la violence de celle-ci à des fins sociales ? Qui est Socrates pour ces enseignants si singuliers ? Tout ceci ne serait donc qu’au service d’une ironie cinglante.


De l’ironie à la morale


Quand on sait que Socrate est considéré comme le père de la philosophie occidentale et qu’il est l'un des inventeurs de la notion de Morale, on s’aperçoit que ce polar décomplexé a peut être une vocation moins divertissante qu’il n’y paraît.



La quête de rédemption, la puissance du libre arbitre et de la réflexion.


Face à son professeur, l’élève devient miroir et le miroir incite à la réflexion, à faire des choix fondamentaux, comme faire face aux conséquences de ses crimes (Koo Dong-huyk invite son Maître à l’enterrement d’une de leur victime).




Violence et constat social


C’est assez intéressant d’observer la fascination de certains metteurs en scène pour la violence et la jeunesse de leur pays. Au regard de certains films en Asie, se dégage un douloureux constat.

De prime abord la « cool attitude tendance » semble cautionner ces actes délictueux, mais en vérité cette façade n’est que le vernis sur des fêlures profondes, traduisant une réelle volonté de changement pour les acteurs de cette jeunesse, en quête de bons modèles.


Si certains films peuvent paraître être une apologie de la violence (Made in Hong Kong, Diamond Hill, Die Bad, Running Wild, Pornostar ou Mr Socrates…), ils posent pourtant une question essentielle au public auquel ils s’adressent.







A titre d'exemple Die Bad de Ryoo Seung-Wan, pourtant réalisé en 2000, est un des films emblématiques de cette dégénérescence sociale, au discours furieusement international. Sous son caractère underground, Die Bad incarne à lui seul le caractère irréversible d'une violence qui gangrène la jeunesse de tous les pays. Obsession pour la brutalité, surexposition des Triades... C'est un constat douleureux et sanglant qui ne semble pas à avoir de réponse, si ce n'est au fond de notre âme et de notre morale.



Dragon Squad


Dragon Squad

2005 Hong Kong

De Daniel Lee

AvecVaness Wu, Shaw Yu Man Lok,
Xia Xu, Mickael Bienh, Tony Ho Wah Chiu

et Sammo Hung






Afin d’assurer le transfert d’un petit mafieux local, les autorités de Hong Kong font appel à une équipe composée de jeunes policiers issus de différents horizons. Cette unité d’élite rassemblant différents spécialistes venus de toute l’Asie, se fait appeler la Dragon Squad. Mais lors du transfert rien ne se passe comme prévu et le convoi est attaqué par un groupe de mercenaires particulièrement efficace. Commence dès lors une lutte sans merci sans l’accord de leur hiérarchie entre la Dragon Squad et ces mercenaires qui semblent animer par d’autres motivations que l’argent. Un flic (Sammo Hung) sur le retour ayant un compte personnel à régler avec l’un des mercenaires, va également leur apporter son aide.



« Les images ne mentent pas »…

Cet aphorisme évoqué par une des jeunes recrues (Shaw Yu Man lok)… est d’autant plus important, que ces images en question (à savoir les plans du réalisateur Daniel Lee) peuvent servir ou desservir les héros du film.

« Les images ne mentent pas »…Tant celles-ci traduisent en effet l’attachement du réalisateur pour ses bad guys (l’équipe de mercenaires) pourvus d’une véritable épaisseur émotionnelle qui fait parfois défaut à la jeune team (parfois reléguée au second plan de l’intrigue, voir de la caméra). L’empathie du spectateur s’en ressent aussitôt et tandis que l’on vibre à chaque confrontation, chaque fusillade, on ne peut s’empêcher de frémir pour ces méchants attachants.

Daniel Lee masquant volontairement à travers son scénario et sa mise en scène la frontière entre le Bien et le Mal. Le fait que l’un des héros filme leur aventure, ne fait que cautionner l’intention du réalisateur à mettre en scène une histoire aux codes de moralité ambigus, la caméra du jeune flic mettant plus en valeur le charisme et l’expérience de leurs adversaires que la DragonSquad.

Daniel Lee aurait-il choisi son camp ?

Dans cette lutte entre les 2 factions, celui de la jeunesse contre celui de l’expérience (Mickael Bienh et Tony Ho Wah Chiu excellents), l’héroïsme prévaut avant tout. Et en terme de démesure, Hong Kong oblige, Dragon Squad assure le spectacle, fusillades extrêmes, guérilla urbaines sanglantes et apocalyptiques, de quoi noyer sous les douilles et les gerbes de sang les clichés d’usage sans doute exigé par la production.

En effet en roublard de la mise en scène Daniel Lee ne cédera pas à ses créanciers et ce jusque dans un final meurtrier, à la fois riche et vain en émotions (cela dépend quel camp on choisi…) d’une jeunesse sacrifiée sur l’autel sanglant du succès.

S’il vous plaît ne tenez pas trop rigueur à Monsieur Lee pour ses acteurs poseurs (mode canto pop oblige) et zappés la dernière scène du film (imposée par les studios) qui vient casser le caractère noir et désabusé d’un réalisateur rebel.

Ab-Normal Beauty




Ab Normal Beauty
2004 Hong Kong / Thaïlande

De Oxide Pang
Avec Race Wong, Rosanne Wong,
et Anson Leung



Sous l’effet d’une vacuité intellectuelle nocive qui a trop souvent tendance à se répandre telle une pandémie d’intolérance, certains se plaisent à dénigrer le cinéma des frères Pang. c’est fou la capacité acerbe de certains critiques qui de leur plume peuvent encenser ou enflammer un auteur selon la tendance !
Ces attaques admonestées aux frangins sont d’autant plus injustes, que se sont les mêmes qui jadis criaient au génie formel, qui maintenant les fustigent.

Après tout, les frères Pang sont ce qu’ils sont : de grands faiseurs d’images ! A défaut de narrateurs solides me direz vous ? Cela reste à prouver... car chez les Pang, le scénario est avant tout un script, un support tout au service de l’image, pour une mise en scène allégorique et évocatrice d’un cinéma qui se vit avec ses sens…

Jiney (Race Wong) est étudiante en arts plastiques, passionnée de photo. Accompagnée de son amie (amoureuse exclusive et platonique) Jasmine (Rosanne Wong), elle parcours la ville et ses habitants, à la recherche du cliché parfait.

Au détour d’une promenade photographique, les deux amies assistent à la mort atroce d’une jeune fille renversée par une voiture, Jiney ne peut alors s’empêcher de prendre en photo la défunte. Elle découvre alors ce qui manquait à ses photos : la mort.

Jasmine impuissante assiste à la transformation de Jiney chez qui naît un besoin morbide de capturer la mort dans son objectif. Son obsession l’amène au bord de la schizophrénie et Jiney finira par obtenir ce qu’elle attendait, passer de l’autre côté du miroir. La jeune fille en détresse autant fascinée par sa mort que celle des autres se voit bientôt approchée par un curieux fan (la mort ?). Jiney comprendra que cette quête du passage à l’acte, est motivée par le souvenir d’un viol et que sa mère n’a jamais reconnu lorsqu’elle était enfant. Mais il est peut-être déjà trop tard.

Ab-Normalement Beau !

Avec une subtilité narrative rare et des images proches de peintures photographiques, voici bien l’un des plus marquant et des plus beau film d’horreur de cette décennie. Introspection morbide, catharsis d’un viol, traumatisme d’une enfant ligotée par le silence et l’incompréhension d’une société aveugle. Un film riche en thèmes et en images marquantes, bien loin de tous les poncifs propre au cinéma asiatique de genre.

Le film exerce une fascination insolite, dérivée des horreurs mises en scène. En vérité, Ab-Normal Beauty est une incroyable mise en abîme de l’artiste et de la mort pour les spectateurs voyeurs que nous sommes.

Ab-Normal Beauty est un film d’une grande beauté, malgré un final qui s’essouffle faute à un twist légèrement décevant. Les deux actrices principales (Race Wong et Rosanne Wong, toutes deux sœurs dans la vie) sont merveilleuses et plus que convaincantes, habitées par une énergie, une détresse morbide et détentrices d’une ambiguïté sensuelle, pour ne pas dire sexuelle.

Bref du fantastique pure, à,l’aune de la charogne (Thanatos) et de l’Eros.

C’est dire si c’était horrible, c’est dire si c’était beau !